Entreprises

Sexisme et inégalités envers les femmes cadres : la lutte continue en Moselle aussi

En cette journée internationale des droits des femmes, voilà une enquête livrant des enseignements qui ne pourront qu’interpeller et inquiéter. L’étude menée par l’Apec est sans équivoques. Dans la sphère entrepreneuriale, les pratiques inégalitaires et sexistes subsistent, malgré des évolutions notables et réelles en la matière. On rappellera que les femmes cadres en Moselle sont quelque 20 000. Soit 37 % des effectifs cadres. Dans la moyenne nationale. Une chose est certaine : le combat sera encore long pour une réelle équité. Cette lutte sociétale concerne les femmes et les hommes.

L’étude choc menée par l’Apec auprès d’un échantillon de 1 000 femmes cadres témoigne de pratiques hélas bien ancrées, dans les mentalités et les faits. Elle a laissé parler ces femmes du sexisme et des inégalités femmes-hommes en entreprise. Premier sujet de l’enquête : l’état des lieux du sexisme en entreprise. Ici, les écarts de perception sont parfois très importants entre cadres femmes et cadres hommes. Par exemple, seules 18 % des femmes cadres ont le sentiment que les inégalités entre les hommes et les femmes au sein des entreprises françaises se sont réduites au cours des cinq dernières années, contre 46 % des hommes cadres.

Des comportements déviants aux inégalités salariales

En matière de sexisme, 41 % des cadres ont été témoins de propos ou de comportements sexistes dans leur entreprise, au moins de temps en temps. Ce sexisme est dans près d’un cas sur cinq véhiculé par certains managers, particulièrement quand les hommes sont seuls entre eux, et s’exprime sous couvert d’humour, de «plaisanteries» portant principalement sur l’âge, le look et les stéréotypes de genre. Pour les cadres, la réduction des inégalités professionnelles repose avant tout sur les entreprises et leurs dirigeantes et dirigeants. Deuxième point d’inégalités : la rémunération et l’accès au management. 58 % des femmes cadres considèrent qu’il existe des inégalités salariales entre les femmes et les hommes cadres à compétences équivalentes et même niveau de poste (contre 43 % des hommes cadres). Et, parmi ces femmes cadres, 41 % considèrent que ces inégalités ne vont ni augmenter ni diminuer d’ici cinq ans (contre 19 % des hommes cadres). Le plafond de verre est toujours présent dans les entreprises : si 70 % des cadres estiment qu’il est plus facile aujourd’hui pour une femme d’accéder à un poste de direction qu’il y a cinq ans, les cadres restent néanmoins nombreux à considérer que les femmes ne sont pas assez représentées dans les fonctions de management (34 %) et de direction (43 %).

Dès l'embauche...

Ces résultats sont complétés par le portrait statistique des femmes cadres, réalisé conjointement par l’Apec et Datagora, qui révèle que les femmes cadres exercent moins souvent une responsabilité hiérarchique que les hommes cadres (33 % pour les femmes cadres, contre 46 % pour les hommes cadres). Alors que les femmes représentent 37 % des cadres, elles ne sont plus que 28 % parmi les cadres managers. Dans un contexte de marché de l’emploi très dynamique et de reprise économique, les femmes et hommes cadres expriment des aspirations communes, qu’il s’agisse du besoin de donner un nouvel élan à leur carrière ou de changer d’entreprise dans les douze prochains mois, ou de faire évoluer leur rémunération. Les femmes de moins de 35 ans sont particulièrement enclines à demander plus de responsabilités à leur employeur mais cette évolution ne passe pas forcément par l’accès aux postes de management (pour 45 % des femmes cadres non-managers versus 52 % des hommes cadres non-managers). L’étude de l’APEC vient s’adjoindre à une autre : «Discriminations à l'embauche, les cadres ne sont pas épargnés», qui pointe les discriminations de l’emploi cadre en général. Celle-ci révèle que les inégalités professionnelles débutent dès l’embauche. Plus de quatre cadres sur dix estiment avoir déjà été discriminés lors d’un entretien d’embauche, en particulier en raison de leur âge, de leur sexe ou de leur situation familiale.

Plus diplômées

Certains profils sont particulièrement concernés : les seniors, les jeunes diplômés, les femmes ou les cadres d’origine étrangère. À l’embauche, les femmes cadres n’apparaissent pas discriminées en moyenne quel que soit le niveau de masculinisation ou de tension du métier. Néanmoins, les femmes cadres expriment nettement plus que les hommes le fait d’avoir déjà été pénalisées lors d’un entretien d’embauche en raison de leur sexe (24 % versus 4 % pour les hommes cadres) ou de leur situation familiale (17 % contre 7 %). En France, 37 % des cadres du secteur privé sont des femmes. La même proportion est observée en Moselle. Au début des années 2000, elles étaient 30 %. On notera que les femmes cadres sont davantage diplômées que les hommes cadres (58 % sont titulaires d’un bac +5 et plus, contre 53 % des hommes cadres). Enfin, 43 % d’entre elles sont devenues cadres dès le début de leur carrière (48 % pour les hommes cadres) et 35 % par promotion interne (27 % des hommes cadres).

Métiers : surreprésentées et sous-représentées

Si les femmes cadres se distinguent peu des hommes cadres sur le type d’entreprises dans lesquelles elles travaillent, elles n’occupent pas les mêmes métiers. Elles représentent par exemple 66 % des cadres en ressources humaines et 63 % des cadres en communication. À l’inverse, elles sont sous-représentées en informatique et production industrielles-chantier où elles représentent moins de 20 % des cadres. - Le temps partiel concerne 11 % des femmes cadres versus seulement 3 % des hommes cadres. Gilles Gateau, directeur général de l’Apec, porte son regard sur ce phénomène sociétal : «La société change, et l’emploi cadre en est le reflet : alors qu’elles ne représentaient que 24 % des cadres il y a 30 ans, elles sont aujourd’hui 37 %. Mais, malgré ce mouvement, les inégalités sont tenaces, sur le plan de la rémunération ou de la carrière, et des comportements sexistes demeurent trop souvent. Il faut accélérer la marche vers l’égalité ! En tant qu’acteur de l’emploi des cadres, engagé pour une action inclusive, l’Apec continuera sans relâche à promouvoir une véritable égalité femmes-hommes au travail et à lutter contre ces discriminations insupportables.»