Crise : quel impact sur la santé des salariés ?

Tensions au travail, sentiment d’isolement des télétravailleurs, crainte de perdre son emploi… Une étude pour Malakoff Humanis confirme la probable montée des risques psychosociaux chez les salariés. Mais ceux-ci reconnaissent l’engagement de leur entreprise pour préserver leur santé et l’emploi.

Avec la crise sanitaire, 12% des salariés révèlent la dégradation de leur santé. Les salariés aidants et ceux souffrant de maladies chroniques, graves ou d’un handicap ont été les plus concernés. La fatigue physique et psychologique a été quant à elle ressentie par 45% des salariés, indique l’étude de l’Ifop pour Malakoff Humanis, menée via Internet auprès de 3 500 salariés, du 19 juin au 15 juillet, et publiée le 13 octobre dernier.

Depuis le début de la pandémie en France, les principaux facteurs de risques psychosociaux, à savoir l’intensité de travail, l’insécurité professionnelle et les rapports sociaux, ont fortement évolué. Le rythme de travail a également changé pour 62% des salariés : 40% d’entre eux ont ainsi constaté une accélération, (22%, un ralentissement). L’intensité du travail a été par ailleurs plus forte pour 33% des employés et 22% affirment avoir dû faire face une surcharge de travail. Les tensions au travail ont en outre augmenté pour 14% des employés, contre seulement 3 % avant la crise. Cette situation a bien sûr été plus répandue chez les salariés du secteur médico–social (20%).

L’isolement professionnel a aussi été ressenti : par un salarié sur cinq, et davantage chez ceux en télétravail, employés des grandes entreprises, ceux ayant alterné chômage partiel et travail à domicile, ainsi que les salariés qui ont gardé leurs enfants durant le premier confinement.

Selon 23% des employés, la crise a impacté négativement leur vie personnelle alors qu’elle n’a pas influencé 13% d’entre eux. 33% des sondés ont souffert de stress et d’inquiétude provenant de leurs entourages. Cette tendance a été plus marquée pour les salariés malades ainsi que les aidants. La conciliation vie personnelle/ professionnelle a aussi été plus difficile pour les salariés de familles monoparentales (23%, contre 18% pour l’ensemble). Côté financier, la situation a été plus compliquée pour les ouvriers (21%) que pour l’ensemble des salariés (16%). Et ceux en chômage partiel sont plus nombreux à craindre la perte de leur emploi : un quart d’entre eux, contre 20% de la totalité des salariés.

Mobilisation des entreprises et des managers

Mais comment les salariés jugent-ils leurs entreprises ? Pour 80 % d’entre eux, elles se sont bien adaptées au contexte de la crise. En matière de prévention, 85% des employés reconnaissent que leurs entreprises ont bien veillé à protéger leur santé, avec notamment à la mise en place des différentes mesures barrières (distanciation, port obligatoire du masque, mise à disposition de gel hydroalcoolique, nettoyage des surfaces et désinfection). Elles ont également contribué à la protection de leur emploi (84%), et ont même assuré la continuité de l’activité (83%). Toutefois, plus de la moitié (57%) des employés n’ont pas été accompagnés psychologiquement par leur entreprise. Les autres par contre ont bénéficié, notamment, de la mise en place de dispositifs d’écoute et de parole.

L’avis favorable est moins net envers leurs managers, mais plus que la moitié des salariés (56%) pensent également que ceux-ci ont adapté leurs pratiques au nouveau contexte. Depuis le début de la pandémie, ils accordent ainsi plus d’autonomie à leurs salariés (61%) et malgré la distance, ont réussi à préserver un esprit d’équipe (60%). Le contact régulier et individuel avec les salariés (54%), la gestion de leurs inquiétudes (53%) et le maintien de leur motivation (50%) ont été également adoptés par les managers durant cette période, d’après les sondés.

Pour autant, la crise sanitaire suscite de fortes attentes chez les salariés : ils souhaitent que leurs employeurs intègrent durablement la prévention sanitaire dans leurs stratégies. Et aspirent à travailler d’une manière collaborative et participative, à une gestion du temps de travail plus flexible et qu’un modèle de gestion managériale basée sur la confiance soit instauré.

De nouvelles habitudes de vie

Effet favorable du confinement ? Depuis le début de la crise sanitaire, 52% des salariés ont adopté un style de vie plus sain et de nouvelles habitudes d’hygiènes et de santé. Dans ce sens, 38% ont consommé une alimentation plus équilibrée, 31% pratiqué modérément une activité sportive, et 23% pris soin de leur sommeil. La quasi totalité des salariés envisagent de poursuivre leurs efforts en ce sens…

Jihane MANDLI et B.L