Conjoncture : Une reprise différenciée

En raison de la crise sanitaire, la chute du produit intérieur brut (PIB) devrait atteindre 9% en 2020, sa plus forte diminution depuis 1948. Le redressement de l’économie française serait par ailleurs « moins rapide » en fin d’année que durant le troisième trimestre. C’est ce qu’indique l’Insee, dans son dernier point de conjoncture, publié le 08 septembre.

Au deuxième trimestre, l’Insee évoque une régression de l’activité économique de 19% par rapport au quatrième trimestre 2019. C’est mieux que ce qui était prévu en juillet dernier (-21%). Cet écart s’explique notamment par la reprise d’activité des entreprises et la diminution du recours au chômage partiel suite au déconfinement. En août, l’activité a retrouvé quelque 95 % de son niveau d’avant crise, selon l’Institut de statistique.

Au troisième trimestre, mécaniquement (par effet de rattrapage), le PIB devrait rebondir de 17%, soit une perte d’activité de 5% seulement par rapport à la période d’avant-crise. Cette tendance ne devrait malheureusement pas se consolider en fin d’année, puisque le PIB ne devrait croître que de 1% sur les trois derniers mois par rapport au trimestre précédent. La divergence marquée entre les secteurs expliquerait en partie ce résultat terne. En effet, si certains secteurs semblent revenir à la normale, d’autres devraient rester «déprimés» assez longtemps, comme l’évènementiel ou l’aérien, par exemple.

Une situation économique hétérogène

Dans le secteur industriel, la crise a frappé de plein fouet plusieurs domaines, (au total, -23% de baisse au deuxième trimestre). En tête la fabrication de matériels de transport (-50%), suivie par la fabrication d’autres produits industriels (-25%) et d’équipements électriques, électroniques, informatiques et machines (-23%). Si la reprise semble concerner l’ensemble des secteurs industriels au troisième trimestre, la cadence serait plus faible pour la fabrication de matériels de transport, qui englobe l’aéronautique, note l’Insee (-17%).

Pendant le confinement et avec l’arrêt des chantiers, la construction immobilière a quant à elle enregistré une baisse d’activité de 32% au deuxième trimestre. Soit la plus forte diminution toutes branches confondues. Mais le secteur semble avoir retrouvé des couleurs, puisque la perte d’activité ne se chiffrerait plus qu’à 5% au troisième trimestre, suite notamment à la reprise des travaux.

Les services marchands, qui représentent 56% du PIB en France, ont pour leur part, enregistré une baisse de 17% au cours deuxième trimestre. L’Insee confirme que l’hébergement/restauration est le secteur qui a le plus souffert de la crise avec une perte d’activité de 53% au deuxième trimestre, et de 22% au troisième. De façon générale, l’activité touristique pourrait poursuivre sa chute durant les prochains mois et ce, malgré le regain estival, tiré par la clientèle française, et la mise en place de mesures sanitaires pour rassurer.

La consommation se stabilise

Côté consommation des ménages, après la hausse survenue, après le confinement, pendant les mois de mai et juin, la dynamique semble s’essouffler un peu. La confiance des ménages paraît toutefois se rapprocher de son niveau d’avant Covid-19, note l’Insee.

Après une diminution de 12% au deuxième trimestre, les achats des Français pourraient progresser de 19% au troisième et se rapprocher de leur niveau «normal» d’ici la fin d’année. Ainsi, durant les mois de juillet et août 2020, les achats des produits industriels surtout ceux en matériel de transport et en équipements des foyers auraient dépassé leur niveau d’avant-crise.Les dépenses des ménages dans l’hôtellerie et la restauration continueraient également  de croître pour rattraper leurs niveaux d’avant crise, contrairement aux services de transport, principalement impactés par la faible reprise de l’aérien.

Mais les tendances défavorables de l’évolution de l’épidémie et ses conséquences économiques, dont l’évolution du chômage, devraient peser sur le niveau de confiance des Français, donc de la demande. Nombre d’entreprises redoutent d’ailleurs toujours la perte de débouchés.

Au final, malgré le rebond de l’activité suite au déconfinement, l’économie française « aborde la rentrée comme un moteur qui serait à la fois bridé et dopé », indique l’Insee. Certains secteurs sont en effet contraints de subir les effets de la pandémie, et pour encore longtemps, tandis que d’autres semblent profiter des mesures de soutien et de relance déployées par le gouvernement.

A noter : dans ses dernières estimations, publiées le 14 septembre, la Banque de France table sur une contraction du PIB de 8,7 % cette année, et une reprise plus forte que celle anticipée en juin, de 7,4 % en 2021.

Jihane MANDLI et B.L